Cas pratiques

 

ROSE

 

Rose a environ soixante ans, professeur de français à la retraite, elle est mariée et a deux enfants ; deux filles. Entre elle et son mari, il y a un manque de communication et une absence

de vie sexuelle. Elle souhaite trouver une harmonie au sein de son couple mais elle est la seule à entamer un travail sur elle. Elle a déjà fait un travail d’analyse didactique qui ne lui convenait plus parce qu’elle a la sensation d’être « trop mentale ».

Elle souhaite approfondir sa démarche de travail personnel par une thérapie corporelle, car son corps a des choses à dire et elle veut être à son écoute.

 

Rose est la seule fille d’une fratrie de trois enfants et elle a donc deux frères.

A l’âge de 18 ans, elle s’ouvre les veines et ses parents l’hospitalisent « chez les fous » comme elle dit, afin de cacher le drame pour des raisons uniquement sociales.

Vers l’âge de 40 ans, elle subit une I.V.G.

Ces deux actes révèlent une culpabilité latente d’autant plus que Rose pratique le bouddhisme zen.

Rose est une femme pétillante, bouillonnante de vie et de créativité. Elle a, semble t-il, passé la ménopause avec succès et malgré quelques résistances aux changements, elle vit son corps avec plénitude.

 

Lors d’une séance où je masse Rose au niveau des mâchoires, elle me dit être extrêmement tendue et qu’il y a un refus d’être touchée dans certaines zones de son corps. Le toucher réactive des angoisses et elle exprime que derrière le refus, c’est la mort qu’elle a voulu se donner à l’âge de 18 ans, tout en me montrant ses poignets.

Tous ces souvenirs remontent et Rose ne veut pas aller voir.

A 18 ans, Rose est une jeune femme épanouie et elle vit un amour interdit (la majorité est à 21 ans) avec un homme marié qu’elle nomme son « amant ». De surcroît, il a l’âge de son père. Celui-ci va l’apprendre et il deviendra fou de rage. C’est le drame ! Son père lui ordonne d’arrêter cette relation qu’elle vivait comme un conte de fées.

La charge est trop forte et Rose préfère fuir dans la mort, elle s’ouvre les veines. C’est sa mère qui la trouve dans sa chambre. Ses parents sont professeurs et ce drame doit rester sous silence comme le reste, surtout ne rien dire ; maintenant c’est son corps qui a des choses à dire.

On l’enferme « chez les fous ».

Rose se sent trahie, abandonnée par sa mère et rejetée par son père. C’est ce sentiment qui lui colle à la peau. Elle sait aussi que depuis lors, sa sexualité n’a plus jamais été la même. Sa libido est restée bloquée à l’âge de 18 ans.

Quand, Rose tombe amoureuse de cet homme marié et accède à sa vie sexuelle, nous pouvons voir une attitude identificatoire envers le père. Ce premier amour avec un homme plus âgé, est un possible transfert du désir de la relation incestueuse avec son père, fantasme qui consiste à déposséder la mère du père pour s’accaparer le père-amant.

L’amour interdit par le père réveille les affres de la période œdipienne, d’où la hantise que vit Rose d’être rejetée par le père et sa culpabilité qui bloque semble t-il sa libido.

C’est certainement pour plaire à son père qu’elle adopta la même profession que lui. Sa tentative de suicide apparaît alors pour Rose comme la seule solution active pour échapper à un sentiment catastrophique de soumission passive, à une panique d’anéantissement. Son désir de mourir vient d’une insupportable souffrance psychique et le passage à l’acte (raté) essaie d’atténuer cette souffrance, de la bouter hors du psychisme.

 

C’est une preuve de l’effondrement de l’estime de soi ; en effet, le geste suicidaire mobilise un sentiment de toute puissance. Suite à sa tentative de suicide, le père plongera Rose dans la confusion totale en lui disant : « qu’est-ce que tu m’as fait ? ».

Il semble que la relation à la mère est inexistante.

Son père était sévère et petite, Rose va chercher désespérément l’amour du père qu’elle projettera sur cet homme marié plus tard.

 

Le toucher thérapeutique réactive une période refoulée et Rose est consciente de sa résistance. Le genou est pratiquement inaccessible au toucher ; il symbolise le « je » et le « nous », la relation, peut-être la relation entre elle et son père.

Nous respecterons ses résistances en allant à son rythme, et elle finira tout de même par ressentir un sentiment d’unicité dans tout son être.

 

En effet ce massage d’exploration va permettre de vivre une réconciliation avec son côté masculin, son côté droit, symbolisé par le père où elle ressent de la chaleur et une acceptation.

Ensuite, quand je suis sur le poignet, lieu du corps qui a subit un traumatisme, l’acte de s’ouvrir les veines, Rose me dit : « Ce n’est que du bonheur ; c’est ma maman qui est là à cet endroit ».

Un autre regard sur son corps s’actualise et une réconciliation avec le père et la mère a lieu dans cet instant présent.

Rose va découvrir une répartition énergétique dans tout son corps qui lui donne de la force.

Elle est heureuse, comblée et remplie d’énergie. Elle a retrouvé un sentiment d’unicité dans son corps

 

Rose lors d’une autre séance va recontacter un souvenir d’avortement complètement enfoui au cœur de sa mémoire, que le toucher va réveiller. Ce souvenir va faire émerger une angoisse, celle d’être séparée d’un enfant qu’elle ne pourra pas mettre au monde.

Ce toucher permet d’explorer l’ensemble du corps et sentir si celui-ci a des choses à dire et à exprimer.

Pendant cette séance, je fus envahie d’une immense présence, j’avais beaucoup d’énergie et je me sentais reliée à la terre, telle une femme africaine. J'avais déjà massé un côté du corps. Lors du passage sur les côtes, la proposition de massage est « aurique », c’est-à-dire sur le corps subtil de l’aura qui se situe à quelques centimètres au dessus et autour du corps physique. Je suis donc au-dessus des côtes à gauche.

Rose est percutée et contacte une émotion. Elle pleure de façon silencieuse et me dira que cette sensation de vide (je n’étais plus en contact avec le corps physique) a provoqué une perception de séparation, de vide.

Je demande à Rose de lâcher prise et de laisser monter l’émotion afin de ne rien contenir à l’intérieur. Je commence un dialogue avec Rose et accompagne sa régression :

Moi-même (F) -« Qu’est-ce qui se passe ? »

Rose - « J’ai tué mon bébé »

F - « Quel âge as-tu ? »

Rose - « J’ai 40 ans et j’ai pratiqué une IVG »

F -« Qu’est-ce que tu aimerais lui dire à ce tout petit ? »

Rose - « J’aurais voulu qu’il vive » (son mari ne voulait pas cet enfant).

Rose pleure de plus belle et je ressens que Rose traverse une grosse crise de culpabilité. Elle balbutie : -« Je ne peux pas (dans le sens lui parler)

Je lui murmure -« parle lui… qu’est ce qu’il te dit… »

Rose -« Il me pardonne » il dit « je t’ai fait une farce… tu devais vivre cette expérience afin de vivre ta créativité, ta féminité différemment. Tu dois donner aux autres au-delà du fait d’être mère : pour avoir un regard nouveau sur les autres ».

Rose lui dit « je t’aime ». Il répond « je t’aime aussi, rassure toi, je suis bien là où je suis. Tout va bien »

Rose s’apaise et se calme et change de posture. Elle me regarde et me remercie profondément. Elle reconnaît que la décharge émotionnelle était nécessaire : « il fallait que ça sorte ».

Tout le long du dialogue, je suis près, tout près de Rose, sans la toucher car cela pourrait ancrer la souffrance qui au contraire est en train de s’extérioriser. Ma présence aimante, le dialogue et mon écoute active sont suffisants.

Si j’avais touché Rose au moment de son émotion forte, il y aurait eu un risque de mettre Rose dans la confusion et qu’elle ne puisse pas évacuer la charge.

 

Rose s’autorise enfin à exprimer la culpabilité longtemps enfouie à propos de cette IVG. Cet enfant fantasmatique, le temps d’une séance prend vie et Rose peut lui dire combien son désir était qu’il vive elle éclaire la situation longtemps restée dans l’ombre. Elle exprime le désaccord qu’elle a avec son mari et cela peut semble-t-il présager une résolution d’un conflit longtemps encapsulé.

L’accompagnement thérapeutique permet une purification de cette période du passé. Rose peut accepter, se pardonner enfin à elle même ainsi qu’aux autres. Elle accède à une compréhension nouvelle de son féminin qui lui ouvrira peut-être les portes de sa créativité.

 

Kevin

 

Kevin est un jeune homme de 35 ans, célibataire, et vinicologue de métier. Il semble réservé et timide. Il souhaite faire une psychothérapie corporelle pour être plus proche de son corps.

Son objectif est de relier le corps et l’esprit car il a l’impression qu’il est beaucoup trop dans sa tête.

Il exprime qu’il a le sentiment parfois d’être en dépression avec la sensation d’un vide intérieur.

Kevin apparaît comme quelqu’un de très exigeant avec lui-même et s’impose une sorte de discipline de vie.

 

Lors de cette séance je propose un massage qui s’intitule » distribution d’énergie »

afin que l’énergie de Kévin se répartisse dans tout son corps ainsi qu’une sortie d’énergie, car Kevin semble être surchargé. Il y a un poids énergétique présent dans son corps, une charge qui l’empêche d’avancer et qu’il serait bienvenue d’alléger. Kevin est réceptif au massage, détendu et relaxé mais il reste silencieux tout le long de la séance.

J’ai pu constater par les bruits du péristaltisme entendus au stéthoscope que le psychopéristaltisme était ouvert et une bonne régulation énergétique a pu se faire.

A la fin de la séance, Kevin dit qu’il a la sensation d’avoir réintégré son corps. Il se trouve bien à l’intérieur de lui-même.

En revanche, il explique qu’il ne se sent plus dans la même énergie de départ. Il laisse entendre qu’il y a quelque chose qui est parti de l’intérieur de sa tête.

Lui aussi connaît le sentiment d’unicité.

 

 

Psychothérapies à Grasse


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